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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 12:24

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On me disait de Gracq que c'était un très grand auteur, un des derniers "grands" écrivains... Des choses qui font envie et qui ne font pas envie en même temps. Un jour, sans trop savoir pourquoi et sans avoir le temps de me mettre à lire, j'ai entamé Le rivage des Syrtes :

 

 

La Seigneurie d'Orsenna vit comme à l'ombre d'une gloire que lui ont acquise aux siècles passés le succès de ses armes contre les Infidèles et les bénéfices fabuleux de son commerce avec l'Orient : elle est semblable à une personne très vieille et très noble qui s'est retirée du monde et que malgré la perte de son crédit et la ruine de sa fortune, son prestige assure encore contre les affronts des créanciers ; son activité faible, mais paisible encore, et comme majestueuse, est celle d'un vieillard dont les apparences longtemps robustes laissent incrédule sur le progrès continu en lui de la mort.

 

Et j’ai continué ma lecture.

 

rade-de-cherbourg.jpg

 

 

Le "style" de Gracq met en jeu le plaisir de l'écriture, un travail extraordinaire pour arriver à maitriser la langue si bien qu'on peut l'écrire comme on la parle, d'une traite. Alors il s'agit d'un récit, d'une histoire, d'un voyage dans lequel on est pris et dans lequel on rêve. Pour moi c'est le même plaisir que de regarder un film d'aventures. On objectera peut être qu'il ne se passe pas grand chose dans les romans de Gracq, mais qu'entend-on vraiment par là ? Ici, un nom propre "Orsenna", suffit à convoquer tout un imaginaire. On voit des batiments, on voit des coutumes, des fêtes, des guerres. Dans une salle des cartes on voit le monde, l'étranger, la nostalgie, la désuétude. On se promène dans le roman comme on visite un chateau fort. C'est le fait de soulever par l'ennui, par l'attente des personnages, tout un éventail de possibilités existentielles, de montrer toute la bizarrerie qu'il y a dans une guerre par exemple, qui rend ces livres si forts. On peut voir l'envers des choses, ce qui les rend possible : on ne voit pas "la guerre" mais l'attente, les déceptions, les malentendus qui la font arriver. Gracq est un auteur de l'imaginaire, mais grâce à celà, il est très près des choses de la vie, du monde moral, des questions existentielles.

 

Il est à rapprocher, par sa force d'évocation des moments hésitants, des espaces limites, des zones confuses, de cet illustrateur merveilleux qu'est Chris Van Allsburg, notamment dans Les mystères de Harry Burdick . On pense aussi aux Falaises de marbre de Junger qui dégage cette même qualité de pierre solide, déposée dans un jardin depuis longtemps abandonné et battue par les vents. Il y a une musique, le rythme lent d'une rivière qui s'écoule, dont les eaux sont parfois retenues par un rocher qui convoque des sonorités, un imaginaire. Dans des phrases longues, Gracq sait ainsi trouver les mots qui condensent des images, images qui viennent s'ajouter au flot monotone de l'attente et l'accompagnent. La vie souterraine de l'imagination, le surplus de sens qui irrigue chaque chose est alors rendu sensible dans une contrée où les hommes attendent et rêvent à ce qui parfois advient, en le conjurant constamment.    

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commentaires

Migrate Windows xp to Windows 7 26/11/2014 10:33

The shore Syrtes Gracq looks so beautiful. I have seen such places in movies. The writer of this novel did a great job in sharing his thoughts and imaginations. I will try to get a copy of this book.

mimiague 30/11/2012 23:19

Tout à fait en accord avec votre analyse; Gracq c'est d'abord l'exigence d'une langue, et c'est aussi l'évocateur de l'attente, que ce soit dans le Rivages de Syrtes ou, encore, dans l'admirable
"Balcon en forêt". L'attente est le lieu de tous les possibles, propice à la rêverie, eminemment romanesque.